Une fiction dont tu écris les actions
Conte doux-amer
Tu l'aimes depuis le fond du jardin. Tu n'as qu'un mouvement avant qu'elle te voie pour toujours.
Un nain de jardin aime Camille depuis toujours. Il peut bouger, mais être vu le figerait pour l'éternité. Tandis qu'un homme bon entre dans la vie de Camille, il doit choisir : se faire connaître d'elle, ou s'effacer pour son bonheur. Six destinées, dont une où tu restes pierre, à jamais.
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À l’intérieur de ce récit
Il y a le jardin, le muret, l'abri où dorment les outils, et la fenêtre éclairée le soir. Voilà ton monde, et il te suffit, parce qu'elle est dedans. Camille a vingt-six ans. Tu l'as regardée emménager, repeindre les volets, planter trois rosiers qui n'ont jamais pris. Tu l'as vue ramener des amours qui repartaient, claquer une portière dans la nuit, rester assise sur le seuil à fixer le noir. Tu aurais voulu tendre la main. Tu n'en as pas. Tu es un nain de pierre, et la seule chose que tu peux faire, c'est bouger quand le monde a le dos tourné. Mais bouger, c'est risquer. Le Vieux te l'a assez répété, lui, le chat de pierre près du bassin, figé depuis qu'une fillette l'a vu remuer la queue, il y a trente ans. Si Camille, ou n'importe quel humain, te voit en mouvement, c'en est fini : tu resteras dressé·e dans l'herbe pour l'éternité, sa présence à portée de regard et hors de portée de geste. Trois forces te tiennent : ton Élan, qui s'épuise à chaque effort et revient quand tu te tais ; le Risque d'être vu·e, qui monte dès qu'un humain approche ; et, lentement, la Conscience de Camille, cette idée folle, chez elle, qu'une présence veille. Un jour, quelqu'un de bien la regarde comme tu la regardes. Et tu comprends que tout ton art de l'ombre menait à ce seul instant : lui montrer que tu existes, ou disparaître pour qu'elle soit heureuse sans toi. Il n'y a pas de bonne réponse. Il n'y a que la tienne.